Entrepreneur et parent : A la rencontre de Guillaume Capelle, co-fondateur de SINGA

Nous allons aujourd’hui à la rencontre de Guillaume Capelle qui partage avec nous comment il a réussi à concilier sa vie d’entrepreneur et sa nouvelle vie de famille, puisque concours de circonstances, il devient papa à 28 ans alors que SINGA connaît le pic de son activité et en même temps que ses deux co-fondateurs. En 18 mois, trois naissances sont donc venus bouleverser la vie de chacun et la jeune entreprise créée ensemble. 

Guillaume nous raconte : la transition pour trouver un nouvel équilibre entre son entreprise et sa famille – les outils et solutions qui ont ou qui auraient facilité la tâche – les 3 choses qui l’aident au quotidien – ce que la paternité a apporté à son identité pro – les challenges rencontrés en tant que chef d’entreprise et manager …

Entrepreneur ou salarié, on espère que cela vous inspirera ! Bonne lecture ! (Temps de lecture : 3 minutes )

SINGA est un mouvement international qui favorise la création de liens entre les réfugiés et les locaux dans une dizaine de pays. Il a été lancé en France en 2012 par trois jeunes entrepreneurs engagés, Guillaume, Nathanael et Alice, et connaît un essor en 2016 alors que les médias révèlent une crise de l’accueil des migrants en Europe. 

SINGA est avant tout un espace de rencontres entre les nouveaux arrivants et les locaux. En fournissant des outils technologiques et pédagogiques, SINGA favorise une nouvelle culture de l’échange qui est source de solidarité et d’innovation. En 2018, SINGA a permis 24500 rencontres lors de 1695 événements et elle accompagne avec ses incubateurs une centaine d’entrepreneurs par an qui réinventent l’économie grâce à leur expérience migratoire. 

Travailler à Singa avant d’être parent, ça ressemblait à quoi ? 

J’avais 23 ans quand j’ai créé SINGA, c’était à mon retour d’Australie. Alice le même âge que moi et Nathanael 24 ans. Nous avions une équipe très jeune. On a développé l’entreprise sans se poser de questions. On prenait beaucoup de plaisir à travailler. Et il y avait beaucoup de travail pour tout lancer. A l’époque la question de séparer le privé et le pro ne se posait pas vraiment. Le travail prenait beaucoup de place entre SINGA et nos side projects

A quel moment de la vie de l’entreprise êtes-vous devenus parents ? Comment l’avez-vous vécu ? 

Nous sommes tous les trois devenus parents quasiment en même temps, nous étions les premiers de l’entreprise et tout a changé. Trois naissances en 18 mois, ça bouleverse forcément nos vies, la vie de l’entreprise, le rapport au travail. On souhaitait tous les trois prendre le temps de vivre pleinement cette parentalité et ça demandait donc de s’organiser autrement.

Surtout que 2016 c’est aussi l’année de boum pour l’entreprise. Dès 2015 la question de la migration prend le devant de la scène et devient très médiatisée avec la photo du petit Aylan. On reçoit évidemment beaucoup de sollicitation, d’attention et de soutien. C’est le moment où on passe de 3 co-fondateurs bénévoles à une équipe de 15 personnes à temps plein.

Ça semble évident de le dire mais on a dû s’ajuster. Tout était nouveau et on n’avait rien anticipé. Nouvel espace de travail, nouveaux salariés, nouveaux partenaires et tout ça amène forcément plus de pression et d’attentes à notre égard. On était encore en train de tout inventer donc c’est difficile d’ouvrir et de déléguer à ce moment-là. Les idées étaient principalement dans nos têtes et les équipes étaient très jeunes. Et ça allait vite, c’est aussi le rythme start-up. Non pas qu’on portait le mythe de « faut travailler dur, le travail avant tout, etc » mais c’est simplement que le rythme était très soutenu. Ça prenait beaucoup de place même si nous y prenions beaucoup de plaisir. 

Une vie de jeunes parents c’est avoir un deuxième boulot qui t’attend à la maison

Comment s’est passée la transition, comment as-tu construit un nouvel équilibre pro-perso ? 

C’était un bouleversement complet. Pour soi, dans son couple, au travail. Il a fallu tout adapter. Heureusement nous étions très soudés et nous avions la possibilité de beaucoup communiquer tous les trois. 

Dans l’équipe, ça a été plus difficile à gérer. C’était difficile d’expliquer aux équipes ce qu’on vivait à côté et de partager nos difficultés. Les collaborateurs, de 24-25 ans en moyenne, étaient habitués à une totale disponibilité de notre part et devaient soudainement apprendre à faire autrement. Ils attendaient qu’on soit plus présents. De notre côté, on devait apprendre en avançant, on était pas outillés pour ça. 

Et dans nos vies, on découvrait de notre côté qu’une vie de jeunes parents c’est avoir un deuxième boulot qui t’attend à la maison. Etre vraiment présent pour son enfant et sa famille, c’est du travail. Beaucoup de choses dont il faut s’occuper, une tonne d’administratif et de démarches, en plus du soin du bébé, de l’entretien de la maison, etc. Heureusement, nous avons tous les trois une vie personnelle stable et des couples solides. Ce qui nous a sauvés c’est de pouvoir vraiment parler de tout ça entre nous. 

De quoi as-tu le plus manqué pour gérer cette transition ?

On avait aucun outil et on découvrait tout en faisant. Donc on a surtout fait comme on a pu. C’était vraiment la bricole. Ça s’est bien passé mais je ne le souhaite pas à mes salariés par exemple. C’était difficile de pas être aidé, de ne pas avoir de ressources ou de cadre pour faciliter les choses. Je crois que la solution de garde est la base. Pour un parent, c’est l’élément le plus lourd à chercher et le plus aidant à trouver. 

As-tu pu noter un impact positif sur Singa ?

C’est vrai que devenir parents nous a permis de prendre du recul et en ça on a tiré plusieurs constats bénéfiques pour l’organisation. On s’est par exemple rendu compte que notre structure et notre équipe étaient trop jeunes et qu’il nous fallait amener plus de diversité et de mêler les générations. 

En prenant du recul, on a nourri notre vision pour SINGA, en apportant de nouvelles idées et une créativité enrichie. C’est indéniable. 

Aussi, cette période nous a soudés. On s’est fait confiance et on s’est entraidés. On partageait la même vision de la parentalité dans le sens où on voulait être présents, ménager nos couples et nos familles. Cela implique donc de lever le pied le temps que les choses se stabilisent (notamment avec la garde d’enfants) et de s’organiser autrement, notamment en étant moins présent au travail (télétravail, aménagement d’horaires). On s’est fait confiance pour voir le potentiel à long terme et on s’est accordé tour à tour ce temps sans se faire des reproches, au contraire. D’autant que nos conjoints sont indépendants, free lance ou intermittents, donc c’était aussi naturel d’être vraiment présents pour leur laisser la possibilité de rester connectés avec leurs propres activités. Ça peut paraitre paradoxal mais aucun ne voulait tomber dans la solution “c’est celui qui est le plus flexible qui est présent”. 

La parentalité m’a initié à la déconnexion

Si tu devais choisir une compétence ou qualité que la paternité a apporté dans ton travail ? 

La capacité à se focaliser.

Est ce que tu as l‘impression d’avoir mis plus de frontière entre ta vie pro et privée une fois papa ? 

Je ne mets pas nécessairement plus de frontières. Je concilie les différentes priorités de ma vie au mieux : ma vie de famille et de couple, mon travail, etc. 

Par exemple je peux les mêler en amenant mon fils à des conférences. Ça peut étonner, mais si je peux pas faire autrement, parce que je suis seul avec lui trois soirs par semaine, et que je souhaite participer ou intervenir à un évènement, j’y vais avec lui. Je peux recevoir des regards étonnés mais je le vis comme quelque chose de normal, donc ça l’est. C’est ok pour moi qu’il découvre cette partie de ma vie et c’est ok de travailler en sa présence. 

A l’inverse, je peux déconnecter plus facilement. Je ne peux pas faire autrement. Quand je rentre du travail et que je suis propulsé dans la construction d’un château en legos, impossible de faire autrement que de couper. Et ça plus sérieusement, c’est vrai que je m’efforce de préserver le temps à la maison, en famille et avec mon fils. Pas d’écran. 

En tant que chef d’entreprise et manager, comment est gérée la parentalité chez Singa ?

Aujourd’hui la parentalité au sein de notre équipe c’est pas une priorité. Nous avons 46 salariés monde, 25 en France et seulement 4 naissances en 7 ans, même si plusieurs salariés déjà parents nous ont rejoints. 

Nous ne faisons rien de particulier en interne, une politique RH de base. Il n’y a pas de process formalisé pour gérer même si on essaye de faire au mieux, en étant présents, attentifs et bienveillants sur ces questions (retour de congé, enfant malade, imprévus, etc.). 

On sait que c’est une problématique importante, pas seulement pour nous mais aussi pour les entrepreneurs qu’on accompagne, surtout pour les femmes. On a remarqué par exemple que selon l’heure de nos réunions d’information, à 16h ou à 18h, nous allons attirer majoritairement des femmes ou des hommes. Cela témoigne bien sûr de la répartition des rôles dans le couple et des contraintes de garde qui pèsent sur les femmes mères et entrepreneurs. Agir là-dessus, c’est aider les femmes qui ont envie d’entreprendre et nous y sommes évidemment sensibles. 

Peux-tu partager 3 choses qui t’aident à trouver ton équilibre au quotidien?

1. Ça m’a sauvé de devenir parent. Je coupe littéralement. Il est hors de question de multitasker quand je suis avec mon fils ou en famille chez moi. C’est vrai que la parentalité m’a initié à la déconnexion et à être pleinement là. Quand je rentre, plus d’écran quand je suis avec mon fils ou en famille. 

2. La place en crèche a tout changé aussi.On a eu de la chance. On s’est débrouillé pendant14 mois, mais la crèche nous a permis d’avoir des vraies journées complètes rien qu’à nous. 

3. Le fait d’être libre et indépendant est un grand atout bien sûr. Je peux organiser mon temps comme je veux. Mes horaires sont flexibles, je peux travailler chez moi, au bureau, au café selon ce qui me semble le plus efficace et pratique.

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