Cécile Doherty- Bigara : Femme ET Mère

Cécile Doherty-Bigara - interview - livre - femme et mère

Cécile Doherty-Bigara est professeure de yoga, autrice et mère. Trois qualificatifs parmi beaucoup d’autres qu’on pourrait lui donner, et dont l’ordre importe peu, tant elle vit sa vie en les mêlant. Cécile a écrit les plus beaux textes sur l’ambivalence de la maternité que nous ayons pu lire. Et nous ne sommes pas les seules à le penser, car elle s’apprête à sortir un livre en octobre sur son parcours pour « devenir mère » !

Après cette crise covid et le confinement où les femmes ont dû gérer enfants et travail à la maison, et à l’heure de la « reprise », on a eu envie de lui demander ce qu’elle avait appris de cette période. Et de façon plus générale, comment elle pense l’équilibre entre sa sphère personnelle et sa sphère professionnelle. Cheminement personnel et lectures enrichissantes sont au programme de cette interview ! Merci Cécile d’avoir partagé tes mots avec nous.

1. Est-ce que la notion d’équilibre vie pro – vie perso te parle ? Quelle en serait ta définition ?

La notion de « se nourrir / donner » me parle plus ! Parler de « equilibre pro/perso » laisserait à penser que des deux côtés de la balance il y a deux choses qui pèsent le même poids. Ce n’est pas le cas de ma vie ! Ce n’est pas ce que renvoie la semaine de 5 jours de travail et le weekend de 2 jours de repos. Dans ma vie comme dans la société, l’équilibre n’existe pas. D’un côté de la balance, une sphère a tendance à tout emporter sur son passage et peser lourd, la vie professionnelle. La vie qui produit, accomplit, crée. Comme le dit Geneviève Azam, le temps économique a colonisé le temps humain dans toutes ses dimensions, biologique, écologique. Parler d’équilibre pro/perso me fait sourire, parce que ça me rappelle que les conditions ne sont pas réunies pour qu’un tel équilibre existe.

En ce moment, après le confinement, je réorganise mon agenda de travail pour essayer de coller au plus près de mes besoins. J’ai besoin d’espace pour ma vie ne soit pas juste de l’effort et de la souffrance, mais qu’elle soit aussi de l’art, de la spiritualité, la santé et le bien-être de mon corps. Je pense à ces changements avec ce mot : nourrir. J’ai beaucoup donné et je vais maintenant me nourrir.

2. Le confinement nous a demandé de faire vivre dans un même espace (la maison) le pro et le perso : comment t’es-tu organisée et quelles expériences souhaites-tu garder ?

Ma maison était déjà l’espace de toutes mes vies avant le confinement ! Mon compagnon et moi travaillons tous les deux à la maison et nous avons gardé notre fils à la maison jusqu’à ses 20 mois. Nous vivons dans un appartement en ville et je crois que pour certain.e.s, ce serait un cadre oppressant de vivre tous – tout le temps- ensemble. La seule chose que je peux dire c’est : apprends à te connaître. Par exemple, mon compagnon décompresse d’une journée de travail différemment de moi.

J’ai retenu du confinement que je suis quelqu’un qui recharge ses piles en se perdant dans un art. Ce qui me recharge moi, c’est prendre mes feutres, écouter de la musique et gribouiller pendant une heure. Je me perds complètement dans le courant de l’art. Je me décharge du trop plein et je me pose. Et c’est ça qui me remplit. Autre chose qui est important pour moi : contempler. Regarder par la fenêtre dehors. Ça apaise mes sens, ça me dé-stimule. C’est hyper important de comprendre qu’il n’y a pas une meilleure façon de faire qu’une autre, mais une fois qu’on réalise « ça c’est bon pour moi, je fonctionne comme ça », ne pas l’oublier. Ne pas se demander pourquoi lui ou elle a besoin de choses différentes pour aller bien.

3. En tant que maman active, comment réussis-tu à trouver du temps pour toi « sans » culpabilité ? 

J’ai commencé ma maternité en voulant devenir entièrement disponible à mon fils. Le modèle de ma mère, mère au foyer et entièrement disponible pour ses filles, y a beaucoup participé. J’ai ressenti beaucoup de culpabilité en mettant mon fils à la crèche et encore à ce jour, une pointe dans le cœur, comme si j’avais raté. J’ai passé beaucoup de temps à défaire ces schémas avec une thérapeute. Je pense que ce travail de fond était essentiel.

Je n’ai pas tellement de « conseils rapides » à donner mais je recommanderais plutôt une reprogrammation de fond, de quelle femme on est, quelle mère on veut être. Sinon on risque de reproduire les modèles avec lesquels on a grandi, en souffrant et en culpabilisant. Maintenant je sais que ce n’est pas moi ou mon fils. C’est moi et mon fils. Et pour reprendre Carl Jung, que rien n’affecte plus la vie d’un enfant que la vie non vécue de ses parents

4. Est ce que ta maternité a modifié ton rapport au travail / ta figure professionnelle ? Si oui, en quoi ? 

Oui, j’ai réalisé en devenant mère et pleinement maternelle, que toute ma vie j’avais choisi des rôles et des métiers du soin. Des métiers maternels. Pour prendre soin de l’autre. Et que c’était un héritage de notre modèle patriarcal. Les femmes doivent prendre soin des autres pour mériter d’exister sur Terre. On fait du soin, on fait du soin merveilleusement bien, mais il y a d’autres espaces à explorer. Je me suis posé ces questions : je fais du soin parce que j’aime ça ou parce que c’est le seul système où j’ai pu me sentir valorisée ? Je fais du soin mais qui me soigne ? Quels domaines en dehors du soin m’attirent ? Pour celles que ça intéresse, vous pouvez chercher plus d’informations sur le « care », le travail de soin et d’amour. Passionnant !

5. Un conseil lecture pour cheminer vers son épanouissement en tant que femme ET mère ?  

Mon livre ! Il sortira en octobre 2020 aux Editions Leduc, et sera un témoignage des deux années après la naissance de mon fils, qui m’ont faite mère. Et toutes les choses qui se sont mises à bouger, mourir, changer. C’est un livre d’affirmation de soi. C’est un livre pour libérer toutes les femmes, celles qui sont mères, mais aussi celles qui ont choisi de ne pas l’être et celles qui contemplent la possibilité de le devenir. C’est un livre de pure sincérité de la maternité comme vous ne l’avez jamais lue. Je suis vraiment impatiente à l’idée de présenter ce livre. L’écrire a été un moment de guérison pour moi.

Et Sorcières, le livre de  de Mona Chollet, qui m’a donné les clefs de ma puissance quand j’en avais le plus besoin.

Pour en savoir plus sur Cécile, participer à ses cours de yoga et guetter la sortie de son livre, rendez-vous sur son site

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